La Croix 1993-1

JÉSUITE, DIPLOMATE ET AVENTURIER EN ORIENT

La vie extraordinaire du missionnaire Guy Tachard envoyé par Louis XIV à la cour de Siam

Dans les histoires des missions ou de la colonisation française, le P. Guy Tachard (1648-1712) n’est que furtivement cite, ou même purement omis. Ce jésuite missionnaire et diplomate méritait d’être sorti de l’oubli. Merci donc à Raphaël Vongsuravatana, jeune historien de 22 ans. Le mémoire de maîtrise qu’il a consacré à cette personnalité hors du commun est aujourd’hui publié (1).
Nous avons plaisir à suivre ce grand voyageur au long de ses quatre allers et retours de la France au Siam et en Inde, plus un cinquième voyage sans retour.Quand la traversée ne dure que six ou sept mois, on la considère comme extrêmement rapide! Sur l’espace restreint des navires, la cohabitation est éprouvante ; on s’y forge autant d’amitiés solides que de haines définitives.

Et les voyages, ce sont aussi les guerres coloniales : le P. Tachard est prisonnier des Hollandais pendant un an.

Le Siam occupe sa vie

Il appartient au groupe des six jésuites-mathématiciens envoyés par Louis XIV en Chine, en 1685, sur le navire qui transporte une ambassade française au roi de Siam. A la gloire des armes en Europe, le roi très chrétien veut ajouter celle du protecteur des sciences et du propagateur de la foi catholique : la conversion espérée du roi de Siam, Naraï, entraînerait celle de tout son peuple.
Le P. Tachard s’arrêtera au Siam. Les circonstances, et un certain goût de l’intrigue font de lui la cheville ouvrière de négociations ténébreuses, à la fois diplomatiques, militaires, économiques et religieuses. Avec un étonnant aventurier grec, Constantin Phaulcon, devenu premier ministre de Siam, Tachard court-circuite les diplomates. En 1686, il se présente entouré de mandarins siamois comme le quasi-ambassadeur de Naraï à la cour de Versailles.

Les relations avec le Siam sont devenues sa raison de vivre.
Tachard n’oublie pas qu’il est missionnaire. Mais il lui faut, là encore, dénouer une foule de conflits. Établir un modus vivendi avec les Missions étrangères de Paris, déjà présentes à la capitale du Siam. Aller à Rome clarifier l’affaire du serment des missionnaires, que les jésuites ne veulent pas prêter. Quand le légat Maillard passe à Pondichéry, en 1703, il est pris dans la querelle des rites.
Sans en être forcément coupable, la diplomatie de Tachard se solde par un échec. Finalement, son champ de mission, c’est l’Inde des comptoirs français : Pondichéry et Chandernagor. Il construit églises et hôpitaux, tente d’apprendre le sanscrit et d’autres langues locales. Il songe à renouveler l’expéricnce de Nobili.

Fin à Chandernagor

En bons termes avec François Martin, le directeur de la compagnie des Indes, Tachard se fâche avec son successeur.

Il doit finalement quitter Pondichéry pour Chandernagor, où il meurt en 1712.
Cet ouvrage propose non seulement un récit agréable, mais il est aussi un véritable instrument de travail : la présentation des sources, la bibliographie, la chronologie, un lexique géographique et culturel, et surtout un dictionnaire des personnages, qui fait revivre une foule d’aventuriers de la politique, du commerce et de Dieu, permettent avec bonheur d’aller plus loin. Seuls manquent au lecteur une carte de l’Inde et du Siam, ainsi qu’un index.

Jean COMBY

(1) Un Jésuite à la cour de Siam, de Raphaël Vongsuravalana. Préface de Jean Meyer. France-Empire, 330 pages, 120 F.

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