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Des initiatives à mener, des terrains à explorer

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Pour faire grandir les jeunes en humanité, dans leur connaissance du monde et d’eux-mêmes, les pratiques sont sans cesse à réinventer, ensemble. Une conviction partagée le 21 mai à travers des témoignages vidéo forts et une table ronde qui réunissait des acteurs de l’enseignement catholique.

Virginie Leray

Pour explorer toute l’immensité de la liberté éducative, gagner le large et découvrir de nouveaux horizons, mieux vaut embarquer à bord d’un navire armé pour frayer sur des routes inconnues et affronter le gros temps… C’est pourquoi Xavier Guilloteau, directeur adjoint du lycée Sainte-Marie-du-Port, aux Sables-d’Olonne (Vendée), conserve précieusement dans son bureau la maquette d’un trois-mâts, réalisée avec patience par son beau-père qui, après une carrière de maçon à faire du gros-œuvre, consacre sa retraite à des travaux d’une minutie extrême. Ce voilier miniature rappelle Xavier Guilloteau à sa mission de « révélateur des talents cachés en chacun ». Un objectif qui lui donne l’audace d’innover, en dépit des difficultés.Manque de moyens, précarisation de certains postes, loterie des dotations horaires ou valse des réformes. Pour larguer ces amarres pesantes, il s’agit

de réussir à transformer certains de ces obstacles en chances. Ainsi, en pleine réorganisation de ses filières, Bernard Ressort, directeur de l’institution Jeanne-d’Arc, à Colombes (Hauts-de-Seine), lance-t-il une Segpa dans des locaux flambant neufs, persuadé que « la réforme des lycées, des collèges, l’introduction de l’accompagnement individualisé donnent la liberté de mener des projets hors cadre, hors programme ». Même enthousiasme chez Bernard Mercier, directeur de

« Expliquer la route est tout aussi important que de parler des archipels à rejoindre »

l’Isfec de Vannes (Morbihan), qui, confronté à la mutation de la formation initiale, affirme que « même avec la mastérisation, il reste possible de pousser les gens vers l’expérimentation, vers de nouveaux espaces ouverts hors maquette ». Autre témoignage vidéo fort, visionné au cours de l’après-midi du 21 mai, consacré aux innovations, celui de la petite école rurale Notre-Dame, à Saulty (Pas-de-Calais). Toute la communauté éducative combat pour la survie de la structure. Après la fermeture de la troisième classe, l’enseignement par niveaux multiples a été, pour la directrice Christine Villers et sa collègue Isabelle Pages-Soroste, source d’enrichissement pédagogique et a amené un dynamisme nouveau.

Positiver l’adversité, une attitude bien connue de Marc Héritier, directeur diocésain de Viviers (Ardèche) où 40 écoles sur 100 ne comptent que deux classes ou

moins et où l’inscription d’un enfant relève d’un acte militant de la part des parents, toujours investis dans la vie de leur établissement. Ainsi a-t-il rappelé que « la liberté ne peut aller sans la solidarité, notamment en matière d’immobilier [et que] le pilotage diocésain doit s’appuyer sur les innovations de terrain ». Tout fonctionnement pyramidal lui paraît inopérant puisque c’est d’abord sur la communauté éducative que repose le désir d’initiative pédagogique. Une école hors les murs, attentive aux vents nouveaux, se doit donc d’être ouverte sur l’extérieur. Et de faire participer tous les adultes de l’établissement au rôle d’éducateur.

À commencer par les parents. Pour bâtir avec eux une alliance, l’Apel a lancé les Rencontres Parents-École où enseignants et parents débattent sur un pied d’égalité de questions éducatives d’ordre général, a rappelé Raphaël Vongsuravatana, président de l’Apel de Gironde : « L’accompagnement est plus que jamais nécessaire, face à la peur du large, et expliquer la route est tout aussi important que de parler des archipels à rejoindre ». C’est ainsi que les innovations pédagogiques pourront recevoir l’adhésion et le soutien de parents impliqués dans les établissements. Ainsi, en plus du traditionnel BDI, ils peuvent être des adjuvants précieux en matière d’orientation, en jetant des passerelles notamment vers le monde de l’entreprise. Leur collaboration à l’animation pastorale contribue aussi à renforcer la cohésion, le sentiment d’appartenance.

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De g. à d. : Christine Turpin, adjointe au directeur diocésain d’Orléans-Bourges, chargée de la pédagogie ; Raphaël Vongsuravatana, président de l’Apel de Gironde ; Bernard de La Villardière, animateur de la journée ; Xavier Inchauspé, directeur du lycée Saint-Louis -Villa-Pia, à Bayonne ; Marc Héritier, directeur diocésain de Viviers.

n°337,juin-juillet2010 Enseignement catholique actualités

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